CV / TEMPLON 2023
TEMPLON Gallery

LA BRÛLURE DE L'ÉVEIL

2023

C’est à l’École des Beaux-Arts de Paris qu’Antoine Roegiers découvre l’œuvre de grands maîtres de l’École flamande, de Peter Brueghel à Jérôme Bosch. Fasciné par leur vision si singulière de la narration, de la perspective, des plans, de la scénographie et du temps, Roegiers convoque différents univers, poétiques, oniriques et même humoristiques, pour concevoir des tableaux proches du film d’animation dont il s’est fait virtuose au fil des ans. Depuis 2018, Antoine Roegiers pense et réalise son projet de « Narration picturale » : une série de tableaux dont l’ensemble raconte une seule et même histoire sur plusieurs années. L’humour, la gravité et la poésie se côtoient pour mener une réflexion sur le monde contemporain tout en donnant la possibilité de rire de nous-mêmes.

La brûlure de l’éveil plonge le visiteur dans un monde quasi apocalyptique. De gigantesques flammes, reflet du désastre climatique, embrasent le ciel de ces paysages désolés sillonnés par des squelettes sur leur charrette qui ramassent inlassablement les masques abandonnés par les hommes insouciants.

Ils se disputent ce butin précieux avec une meute de chiens déterminés et des corneilles malicieuses. Antoine Roegiers revisite le code de la scène de chasse, où ici l’objet traqué est l’artifice. Il est le symbole du monde des apparences que les humains avaient bâti. Les masques sont tombés. L’insouciance est révolue. Nous ne pouvons plus nous voiler la face par rapport à nos actes et à leurs conséquences. Les problèmes de demain sont finalement ceux d’aujourd’hui.

« Mes toiles sont un espace ouvert à l’imagination et à l’interprétation de tous les possibles. Je désire explorer un monde qui n’existe pas et lui donner corps avec mon pinceau et des pigments trempés dans l’huile, le rendre plausible à travers des scènes rêvées qui forment une narration picturale. C’est une rêverie continue, les tableaux sont liés et découlent les uns des autres pour former un ensemble cohérent à mon sens : un fil narratif libre à chronologie variable et sans fin. »

Photographies : Isabelle Arthuis

It was at the École des Beaux-Arts in Paris that Antoine Roegiers discovered the work of the great masters of the Flemish School, from Pieter Bruegel to Hieronymus Bosch. Fascinated by their distinctive approaches to narrative, perspective, composition, staging and time, Roegiers draws upon a variety of poetic, dreamlike and even humorous worlds to create paintings that evoke animated films, an art form he has mastered over the years. Since 2018, Antoine Roegiers has been developing his project Narrative Painting: a series of paintings that together tell a single, evolving story over the course of several years. Humour, gravity and poetry coexist, offering a reflection on the contemporary world while allowing us to laugh at ourselves.

The Burning of Awakening plunges the viewer into a quasi-apocalyptic world. Gigantic flames, reflecting the climate disaster, set the skies ablaze above desolate landscapes traversed by skeletons on their carts, tirelessly collecting the masks abandoned by heedless humans.

They compete for this precious bounty with a pack of determined dogs and mischievous crows. Antoine Roegiers revisits the conventions of the hunting scene, but here the object being hunted is artifice itself. It becomes a symbol of the world of appearances that humanity had constructed. The masks have fallen. The age of carelessness is over. We can no longer turn a blind eye to our actions and their consequences. The problems of tomorrow are, ultimately, those of today.

“My paintings are a space open to imagination and to the interpretation of all possibilities. I want to explore a world that does not exist and give it form with my brush and pigments steeped in oil, making it plausible through imagined scenes that form a pictorial narrative. It is a continuous reverie: the paintings are interconnected and flow from one another to form what I see as a coherent whole—a free narrative thread, with a shifting chronology and no end.”

Photographs by Isabelle Arthuis