Fabien Mérelle and Antoine Roegiers A l’ombre des nuages – Nos abris dérisoires
À l’ombre des nuages – Nos abris dérisoires est une exposition qui vous réunit, dans le temps et dans l’espace, chez Wilde. La ressentez-vous comme une exposition à deux ou plutôt comme une juxtaposition ?
Fabien Mérelle – C’est une exposition qui reflète notre relation, car nous travaillons en quelque sorte côte à côte depuis très longtemps. Elle prendra la forme de deux expositions distinctes mais voisines.
Depuis combien de temps vous connaissez-vous ?
Antoine Roegiers – Nous nous sommes rencontrés à l’École des Beaux-Arts de Paris, au début des années 2000, lors d’un cours technique de peinture. Fabien réalisait des dessins extrêmement détaillés de scènes de guerre qui ont éveillé ma curiosité. Je suis allé le voir et le courant est immédiatement passé. Depuis, nous ne nous sommes jamais perdus de vue, malgré la distance géographique.
Comment communiquez-vous ?
Fabien Mérelle – Principalement par téléphone et par SMS. Nos démarches avancent en parallèle. Antoine m’envoie des images presque tous les jours. Je suis beaucoup moins prolifique, car je me sens toujours mal à l’aise lorsque quelqu’un regarde mon travail avant qu’il n’ait atteint un certain stade. Antoine est plus à l’aise avec cela parce qu’il est en permanence dans une phase de réflexion et de recherche. Il a besoin de savoir ce que les autres pensent de son travail en cours. Même s’il n’écoute pas nécessairement ce qu’on lui dit, cela l’aide à conforter ce qu’il a en tête.
D’où vient ce besoin, Antoine ?
Antoine Roegiers – C’est un peu comme si nous étions ensemble dans le même atelier, comme lorsque nous étions à Montreuil il y a quelques années. J’ai besoin de sentir sa présence, de ne pas me sentir seul. Fabien est beaucoup plus secret parce qu’il est beaucoup plus sûr de sa démarche que moi.
Vous devez donc être habitués à cette forme d’exposition commune ?
Antoine Roegiers – Non, pas du tout. C’est la première fois que cela arrive. Il s’agit vraiment de deux expositions côte à côte, même si nous partageons beaucoup d’autres choses. Il y a toujours un risque que l’une prenne le dessus sur l’autre, mais cela ne nous inquiète pas vraiment.
Fabien Mérelle – La galerie est habituée à ce type de présentation et, comme Antoine, cela ne m’inquiète pas, puisque nous nous connaissons très bien et savons que nous resterons liés quoi qu’il arrive. Après tout, l’exposition n’est qu’une manière de rendre cette situation concrète.
Vous êtes donc deux artistes très proches, mais vos œuvres sont très différentes. N’est-ce pas comme si Antoine faisait appel aux références de l’histoire de l’art, tandis que Fabien puisait davantage dans son autobiographie ? On pourrait également souligner que le travail d’Antoine repose sur une idée de scénario et de narration qui se développe dans une continuité, tandis que l’approche de Fabien relève davantage de l’arrêt sur image. Pour l’un, il y a la couleur ; pour l’autre, le noir et blanc… Qu’est-ce qui vous intéresse dans le travail de l’autre ?
Antoine Roegiers – Pour moi, c’est la précision du travail de Fabien, la minutie presque orfèvre de ses détails, la qualité de son trait. Ensuite, c’est sa manière de raconter une histoire, aussi bien à l’intérieur de chaque dessin que d’une œuvre à l’autre. Il existe un fil conducteur grâce auquel certaines œuvres résonnent entre elles à travers le temps et l’espace. J’apprécie cette justesse, qui vient du fait qu’il cherche à traduire ses sensations en racontant sa propre histoire. Enfin, j’aime sa façon de puiser toutes sortes d’éléments dans une histoire plus générale de l’humanité et des civilisations, voire dans de grands tableaux, afin de nourrir son propos. Cela va bien au-delà du simple récit familial et lui permet de créer un autre monde.
Fabien Mérelle – Ce qui m’a toujours intéressé chez Antoine, c’est sa capacité à mettre les choses en mouvement. Contrairement à moi, il travaille avec le mouvement. Cela me fascine, car j’ai plutôt tendance à vouloir figer les choses pour qu’elles ne disparaissent pas. D’ailleurs, rien ne vaut une promenade au Louvre avec lui. Il ne cesse d’imaginer des choses à partir de ce qu’il voit et de réfléchir à la manière dont elles pourraient se traduire dans la matière. C’est pour cela qu’il est fondamentalement peintre, même s’il maîtrise parfaitement l’art du film d’animation. Antoine est quelqu’un qui ne peut s’empêcher d’exprimer ouvertement ce qu’il ressent, animé par un profond désir de partage.
Antoine Roegiers – J’aime également l’imagination de Fabien, parce qu’elle part toujours d’un élément réel dont il s’éloigne ensuite pour aller vers l’invraisemblable, tout en lui conférant une véritable crédibilité.
Votre imagination procède d’un processus d’appropriation plutôt que d’une expérience vécue, comme c’est le cas chez Fabien, et dès que vous vous saisissez d’un élément, vous cherchez à le transformer.
Antoine Roegiers – Je m’approprie les choses dans lesquelles je perçois la possibilité qu’une action se déroule. Je veux m’y immerger, entrer dans l’œuvre, y faire exister mon imagination et la rendre plausible en exprimant mes émotions.
La dimension du jeu, très importante dans le travail de Fabien et qu’il revendique ouvertement, l’est-elle autant pour vous ?
Antoine Roegiers – Énormément…
Fabien Mérelle – Je dirais même que c’est ce qui nous relie. Au début, Antoine animait des actions en devenir dans la peinture, puis il se racontait des histoires qu’il était seul à connaître et qui n’existaient pas. Son jeu repose sur le principe d’une hybridation entre la réalité de ce qu’il emprunte et son imagination. Il ne se limite pas à une vision érudite des choses qui ne passerait que par le filtre anthologique de la citation.
Antoine Roegiers – C’est vrai aussi bien dans mes films que dans ma peinture, comme dans les œuvres présentées dans cette exposition, où je mêle références et imagination.
Si vous jouez tous deux à raconter vos histoires et à nous inviter à y entrer en laissant libre cours à notre imagination, sur un plan purement formel, ce qui vous distingue est que l’un fonctionne sur le mode d’une synthèse iconique, tandis que l’autre est davantage dans une profusion de l’image.
Fabien Mérelle – Cela nous ramène à cette idée de l’arrêt sur image qui caractérise mon travail. J’écarte tout ce qui n’est pas essentiel. La différence avec Antoine tient au fait qu’il dispose d’un outil, la caméra, qui, si je l’utilisais, m’amènerait sans doute à raconter plusieurs histoires en même temps.
Il y a un élément que vous utilisez très peu : la couleur. Pourquoi ce rejet ?
Fabien Mérelle – Pour moi, la couleur ne se justifie que si elle sert à révéler quelque chose d’essentiel.
Est-ce pour cette raison, Antoine, que vous y avez recours ?
Antoine Roegiers – C’est surtout parce que je vois le monde en couleur. J’ai un besoin existentiel de couleur, de matière. Je suis peintre avant tout. J’ai besoin de la préparation, de la couche, du glacis. Lorsque je regarde un tableau, je m’en approche toujours au plus près pour observer la matière dont il est fait et, lorsque je réalise des films, je me sens bien davantage peintre que réalisateur.
Pourrait-on finalement dire que l’un est plus sensuel et l’autre plus conceptuel ?
Fabien Mérelle – Pour moi, c’est davantage une question de lignes. Ce qui me fascine, c’est la manière de faire entrer la lumière dans une forme. Comment, à partir de deux lignes, on peut dire que la lumière vient d’un côté ou de l’autre. La matière me déstabilise. J’ai besoin que l’image soit claire, et il existe une forme de clarté qui me semble plus efficace en l’absence de matière. Chaque artiste possède sa propre amplitude de trait ; la mienne est très centrée sur l’élément sur lequel je travaille, en partant au plus près du corps.
Antoine Roegiers – J’envie sa façon de se concentrer sur certains éléments, car cela permet de clarifier la méthode de travail. Moi, je fonctionne davantage sur le mode de l’envahissement : j’embrasse tout un monde simultanément, ce qui parfois me submerge.
S’il y a bien une chose qui vous rapproche, c’est un certain sens de l’humour, de la dérision. Comment cela nourrit-il votre travail ?
Antoine Roegiers – Pour moi, il s’agit davantage de dérision que d’humour. J’ai toujours envie de rire, de rire de nous-mêmes. C’est sans doute l’effet de cet héritage flamand qui est le mien et qui accorde une place importante au grotesque.
Fabien Mérelle – Je parlerais plutôt de burlesque, au sens du genre cinématographique du début du XXe siècle, avec toute l’absurdité que cela implique. Notamment cette idée de répéter sans cesse la même action et d’échouer à chaque fois.
Un autre point commun est que vous êtes tous deux des artistes extrêmement travailleurs, au meilleur sens du terme. Cela a-t-il un rapport avec votre manière de penser le temps ?
Fabien Mérelle – Dans mon cas, certainement. J’ai compris très tôt que les choses étaient éphémères. Le moyen que je me suis donné pour les retenir consiste donc à les fixer et à arrêter le temps. Un peu comme un entomologiste épingle ses insectes dans une boîte vitrée.
Antoine Roegiers – Moi, le temps m’angoisse. J’ai toujours peur de ne pas avoir assez de temps, parce que je me fixe des objectifs précis qui demandent énormément. Mais, petit à petit, je lâche prise et je ne cherche plus nécessairement à obtenir ce que j’avais imaginé au départ, me laissant davantage porter par le travail lui-même.
L’exposition qui vous réunit s’intitule À l’ombre des nuages – Nos abris dérisoires. Comment ce titre a-t-il été choisi ? Quel sens faut-il lui donner ?
Fabien Mérelle – Au départ, Antoine avait proposé À l’ombre des nuages, en référence à sa série de peintures. Cela aurait pu me convenir, mais je trouvais qu’il manquait quelque chose autour de l’idée de protection, une notion qui nous est chère à tous les deux. L’ajout de Nos abris dérisoires illustre donc bien notre situation, faite à la fois de collaboration et d’individualité.
Ce double titre fait-il allusion à la période de confinement que nous venons de traverser ?
Antoine Roegiers – Complètement. Tout le travail que je présente a été réalisé pendant cette période particulière. Ce qui le caractérise, c’est cette notion de menace invisible — l’orage qui gronde —, comme si le monde se retournait sur lui-même, tandis que deux personnages y errent : deux figures de carnaval issues d’un travail précédent. C’est un monde où il n’y a plus d’humains, seulement des squelettes qui ramassent les masques du carnaval passé et se dirigent vers un mystérieux hangar abritant un dirigeable. Nous ne savons pas s’ils vont le prendre ou non, mais ils cherchent à se mettre à l’abri de quelque chose. Ce n’est que l’acte I d’une histoire à venir. C’est au spectateur d’imaginer la suite.
Fabien Mérelle – Comme pour la plupart des gens, cette période a été l’occasion de vivre en famille dans un isolement presque total, avec toutes les inquiétudes et même les peurs qu’entraînait la nouveauté de la situation. Le travail en porte les stigmates, notamment la peur que tout se brise, d’où les déchirures présentes dans certains dessins. L’ensemble montre différentes scènes qui en disent long sur l’incertitude de l’avenir et interrogent notre rapport au monde et à la nature.
En définitive, ce qui vous réunit est cette manière très personnelle que vous avez chacun de mettre en jeu la condition humaine.
Atelier d’Antoine Roegiers, Paris, 29 septembre 2020
Photographies : Greg Clément
À l’ombre des nuages – Nos abris dérisoires is an exhibition that brings you together, in time and space, at Wilde. Does it feel like a dual exhibition or a juxtaposition?
Fabien Mérelle – This is an exhibition that reflects our relationship because we have been working side by side, in a way, for a very long time. It will take the form of two distinct but neighbouring shows.
How long have you known each other?
Antoine Roegiers – We met at the École des Beaux-Arts in Paris in the early 2000s, during a technical painting course. Fabien was making highly detailed drawings of war scenes that made me curious. I went to see him, and we immediately hit it off. We have never lost sight of each other since, despite the geographical distance.
How do you communicate?
Fabien Mérelle – Primarily by phone and text message. Our practices go hand in hand. Antoine sends me images almost every day. I’m much less prolific because I always feel unsettled when someone looks at my work before it reaches a certain stage. Antoine is more at ease because he is in a permanent brainstorming phase. He needs to know what people think of his work in progress. Even if he doesn’t necessarily listen to what they tell him, it helps him reinforce what he has in mind.
Where does this need come from, Antoine?
Antoine Roegiers – It’s a bit as if we were together in the same studio, as we were in Montreuil a few years ago. I need to feel his presence, not to feel alone. Fabien is much more secretive because he is much more secure in his approach than I am.
You must be used to this form of joint exhibition, then?
Antoine Roegiers – No, not at all. This is the first time this has happened. It is very much two exhibitions side by side, even though we share many other things. There is always a risk that one will prevail over the other, but that doesn’t really worry us.
Fabien Mérelle – The gallery is accustomed to this type of presentation and, like Antoine, I have no concerns about it, since we know each other very well and know that we will remain connected regardless. After all, the exhibition is simply one way of making this situation tangible.
You are clearly two very close artists, yet your works are very different. Is it not as though Antoine draws on references from art history while Fabien draws on his autobiography? We could also point out that Antoine’s work is based on an idea of scenario and narrative that develops as a continuum, whereas Fabien’s approach is more like a freeze-frame. For one, there is colour; for the other, a black-and-white palette, and so on. What interests you in the other’s work?
Antoine Roegiers – For me, it’s the precision in Fabien’s work, the almost goldsmith-like detail and the quality of the line. Then there is the way he tells a story, both within each drawing and from one work to another. There is a common thread through which certain works resonate with one another across time and space. I appreciate this relevance, which stems from the fact that he strives to translate his sensations by expressing his own story. Finally, I like the way he draws all kinds of elements from a broader history of humanity and civilisations, even from great paintings, to enrich his narrative. It goes far beyond merely recounting his family history and allows him to create another world.
Fabien Mérelle – What has always interested me about Antoine is his ability to make things move. Unlike me, he works with movement. That fascinates me because I tend to want to fix things so that they don’t disappear. Besides, nothing beats going for a walk through the Louvre with him. He never stops imagining things, moving from what he sees to how it might be translated into material form. This is why, fundamentally, he is a painter, even though he is a master of animated film. Antoine is someone who cannot help openly expressing what he feels, driven by a deep desire to share.
Antoine Roegiers – I also like Fabien’s imagination because it always begins with an element of reality from which he departs, moving towards the unbelievable while nevertheless giving it considerable credibility.
Your imagination comes from a process of appropriation rather than from lived experience, as is the case with Fabien, and as soon as you capture an element, you seek to transform it.
Antoine Roegiers – I appropriate the things in which I see the possibility of an action unfolding. I want to immerse myself in them, enter the work, make my imagination exist there and make it plausible by expressing my emotions.
Is the element of play, which is so important in Fabien’s work and which he openly embraces, equally important to you?
Antoine Roegiers – Enormously…
Fabien Mérelle – I would even say that this is what connects us. In the beginning, Antoine animated actions unfolding within the painting, then he began telling himself stories that he alone knew and that did not exist. His play relies on a hybrid between the reality of what is borrowed and his imagination. He does not limit himself to a scholarly vision of things filtered solely through quotation and reference.
Antoine Roegiers – This is true both in my films and in my painting, as in the works presented in this exhibition, which mix references and imagination.
If you both play at telling your stories and invite us to enter them by letting our imaginations run free, on a purely formal level what distinguishes you is that one operates through a form of iconic synthesis, while the other tends towards a profusion of imagery.
Fabien Mérelle – This brings us back to the idea of the freeze-frame that characterises my work. I leave behind everything that is not essential. The difference with Antoine lies in the fact that he has a tool, the camera, which, if I were to use it, would no doubt lead me to tell several stories at the same time.
There is one element you hardly ever use, and that is colour. Why this rejection?
Fabien Mérelle – For me, colour is only justified if it is used to reveal something essential.
Is that why you use it, Antoine?
Antoine Roegiers – It is mainly because I see the world in colour. I have an existential need for colour, for material. I am a painter above all. I need the primer, the layers, the glaze. When I look at a painting, I always get very close to see the material from which it is made, and when I make films, I feel much more like a painter than a director.
Could we ultimately say that one of you is more sensual and the other more conceptual?
Fabien Mérelle – For me, it is more a matter of lines. What fascinates me is how to bring light into a form. How, with just two lines, we can convey that the light comes from one side or the other. Matter destabilises me. I need the image to be clear, and there is a form of clarity that seems more effective to me in the absence of matter. Each artist has their own range of line; mine is very focused on the element I am working on, beginning very close to the body.
Antoine Roegiers – I envy his way of focusing on certain elements because it helps clarify the working method. I function more through a form of invasion; I embrace an entire world simultaneously, which sometimes overwhelms me.
If there is one thing that brings you together, it is a certain sense of humour and derision. How does this feed your work?
Antoine Roegiers – For me, it is more about derision than humour. I always want to laugh, to laugh at ourselves. It is undoubtedly an effect of my Flemish heritage, which gives pride of place to the grotesque.
Fabien Mérelle – I would be more inclined to speak of burlesque, the cinematic style of the early 20th century, with all the absurdity it implies. Especially the idea of performing the same action over and over again and failing each time.
Another thing you have in common is that you are both extremely hard-working artists, in the best sense of the term. Does this have something to do with the way you think about time?
Fabien Mérelle – In my case, certainly. I realised very early on that things are fleeting. So the means I gave myself to hold on to them was to fix them and stop time. A bit like an entomologist pinning insects inside a glass case.
Antoine Roegiers – I am anxious about time. I am always afraid of not having enough time because I set myself specific goals that require a great deal. However, little by little, I am learning to let go, and I no longer try to achieve exactly what I initially intended, allowing myself instead to be carried along by the work itself.
The exhibition that brings you together is entitled À l’ombre des nuages – Nos abris dérisoires (In the Shadow of the Clouds – Our Derisory Shelters). How was this title chosen? What meaning should we attribute to it?
Fabien Mérelle – At first, Antoine proposed À l’ombre des nuages, referring to his series of paintings. I could have been happy with that, but I felt it lacked something related to the idea of protection, an idea that is dear to both of us. Hence the addition of Nos abris dérisoires, which illustrates our situation well, one of both collaboration and individuality.
Does this dual title allude to the period of confinement we have just experienced?
Antoine Roegiers – Completely. All the work I am presenting was made during this particular period. What characterises it is this notion of an invisible threat—the rumbling storm—as if the world were turning in on itself, while these two characters wander through it: two carnival figures carried over from previous work. It is a world in which there are no humans left, only skeletons picking up the masks from the past carnival and making their way towards a mysterious hangar housing an airship. We don’t know whether or not they are going to take it, but they are seeking shelter from something. This is only Act I of a future story. It is up to the viewer to imagine what happens next.
Fabien Mérelle – As for most people, this period was an opportunity to live as a family in almost complete isolation, with all the worries and even fears brought about by the novelty of the situation. The work bears the scars of this, particularly the fear that everything might break apart, hence the tears that appear in some of the drawings themselves. The ensemble presents various scenes that speak volumes about the uncertainty of the future and question our relationship with the world and with nature.
Ultimately, where you come together is in the very personal way each of you brings the human condition into play.
Antoine Roegiers’ Studio, Paris, 29 September 2020
Photographs by Greg Clément